Anne Michaud • du 18 avril au 03 mai 2026
Vernissage samedi 18 avril
Visite libre samedi et dimanche de 15h à 19h,
les autres jours sur RDV auprès de Brigitte • 06 70 24 05 90
Anne MICHAUD, peintre
à CONTRE-COURANT
DES REFUSéS
Ma technique sur drap, qui fait du hasard un acteur principal dans mes peintures, laisse de côté de nombreux déchets au bénéfice de trop rares élus. Ces laissés-pour-compte, que je nomme refusés s’accumulent ainsi en gros tas dans les coins de l’atelier. Au fil des ans ils sont devenus de plus en plus présents, presque une matière vivante qui se manifeste et réclame de l’attention.
Petit à petit une certaine empathie s’est développée entre nous… Et, dans un geste contraire à mon geste initial de rejet, j’ai commencé à en revisiter certains, avec succès, à la peinture très diluée. Ils sont ainsi devenus de vrais tableaux, dits alors Refusés, mais avec un grand R:Exil, Le Rêve du berger, Où es-tu Alice, Coloniale,Mater Dolorosa…
J’ai emmené les autres en exposition, d’abord en accompagnement des tableaux, histoire que ces tableaux ne soient pas complètement orphelins de l’atelier… Puis comme matériau de construction à part entière. Sont ainsi nées un certain nombre d’installations: Le Tas, à la Galerie Valérie Eymeric à Lyon, Confessions, à la Biennale de Journans, L’Atelier, au salon de Vourles, Une Pente à soi, à la Galerie de la Tour à Lyon, Un coin qui n’en est pas un, Le Lit et Résurgence, à l’Espace Chauliac à Brignais.
Leur prêtant une intention, je les consulte, et l’atelier tout entier est devenu complice. L’installation proposée au Lavoir suit le même schéma d’inspiration. En cette matinée de juillet dernier, jour de la visite de l’équipe du Lavoir, je les ai bien sentis, les refusés de l’atelier, m’entraver, me barrer l’accès à la réserve de tableaux… Rageant contre eux, mais restant à l’écoute, j’ai découvert avec étonnement ce qu’ils me proposaient, dans leur entreprise de maïeutique: un tas, comme bien souvent, mais un tas un peu particulier, plus haut qu’à l’accoutumé, monté sur des chaises… Sans la mollesse et le laisser-aller habituels, mais au contraire presque rectangulaire, frontal et constitué d’éléments hétéroclites… Hirsute et presque laid, ce tas, qui semblait avoir été constitué dans l’urgence, avait un air de… barricade! Et tout de suite cette idée s’est imposée…
UNE BARRICADE à SOI
Une barricade est une construction éphémère qu’on dresse dans l’urgence, pour se protéger d’un envahisseur. Nombreux sont les agresseurs dans la société actuelle qui peuvent pousser à l’insurrection: culte du progrès sans modération, pollution inconsidérée, progression inquiétante du numérique… Et, qui touche plus particulièrement les artistes, effacement et émiettement culturel par raréfaction des subventions.
Mais le propos de ce projet d’installation au Lavoir n’est pas de lister toutes les agressions potentielles qui amoindrissent l’humain qui est en nous. Son ambition va plus dans le sens d’un questionnement. Questionner notre aptitude à douter et à développer un esprit critique… Questionner notre capacité à nous opposer et à engager la lutte, à prendre des risques, à échapper au programme et résister au flot normatif qui dilue notre individualité…
En deux mots, à nous hérisser…
Sur les pas de Virginia Woolf, qui prônait, dans Une chambre à soi, l’idée d’un espace personnel, vital pour écrire, je suggère cette image de la barricade, symbolique mais forte, schéma mental fondamental pour rester debout… Une barricade à soi!
www.annemichaud.free.fr
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